Santé

Comment calculer le QTc (Bazett, Fridericia, Framingham, Hodges)

7 min de lecture

Le QTc est l’intervalle QT corrigé selon la fréquence cardiaque, calculé le plus souvent avec la formule de Bazett : QTc = QT ÷ √RR, où RR (en secondes) vaut 60 divisé par la fréquence cardiaque. Cette correction permet de comparer un QT mesuré à 100 bpm avec un QT mesuré à 60 bpm, ou de le juger contre un seuil fixe. Le problème : Bazett n’est pas la seule formule qui existe, et elle n’est pas la plus fiable aux fréquences extrêmes.

Pourquoi corriger le QT

L’intervalle QT se raccourcit mécaniquement quand le cœur accélère et s’allonge quand il ralentit, indépendamment de tout problème de repolarisation. Sans correction, un QT de 400 ms ne veut rien dire en soi : il faut savoir à quelle fréquence il a été mesuré pour l’interpréter. Corriger le QT pour la fréquence cardiaque rend les valeurs comparables entre patients et dans le temps chez un même patient, et permet de les confronter à un seuil standardisé.

Quatre formules coexistent, avec deux logiques différentes :

  • Bazett (1920) : QTc = QT ÷ √RR. La plus ancienne, encore la plus utilisée, celle affichée par défaut sur la plupart des électrocardiographes et citée dans la majorité des recommandations.
  • Fridericia : QTc = QT ÷ ∛RR. Une racine cubique au lieu d’une racine carrée, ce qui corrige moins agressivement. Souvent préférée dans les études de sécurité cardiaque des médicaments pour cette raison.
  • Framingham : QTc = QT + 154 × (1 − RR). Correction additive linéaire plutôt qu’une loi de puissance.
  • Hodges : QTc = QT + 1,75 × (FC − 60). Correction additive elle aussi, directement basée sur l’écart de fréquence cardiaque par rapport à 60 bpm.

Ce choix de méthode n’est pas anodin. C’est précisément parce que Bazett reste le défaut quasi universel que son biais aux fréquences extrêmes a des conséquences cliniques concrètes, comme le montre le tableau suivant.

Le tableau qui montre où Bazett se trompe

Voici les quatre formules appliquées à un même QT mesuré de 400 ms, à différentes fréquences cardiaques. Toutes les valeurs sont arrondies à la milliseconde la plus proche.

FC (bpm)RR (s)BazettFridericiaFraminghamHodges
401,500327349323365
601,000400400400400
750,800447431431426
1000,600516474462470
1300,462589518483523

Un point saute aux yeux : à 60 bpm, les quatre formules donnent exactement 400 ms. Logique : RR vaut alors 1, donc chaque terme de correction s’annule, qu’il soit une racine ou un facteur additif. Les quatre méthodes ne divergent qu’en s’éloignant de cette fréquence de référence.

Et elles divergent beaucoup. À 130 bpm, Bazett affiche 589 ms, un QTc nettement allongé qui déclencherait une alerte sérieuse, alors que Fridericia ne donne que 518 ms, à peine limite. À l’inverse, à 40 bpm, Bazett tombe à 327 ms, bien en dessous des trois autres formules : un chiffre faussement rassurant chez un patient bradycarde dont le QT pourrait en réalité être prolongé. Bazett surcorrige aux fréquences rapides et sous-corrige aux fréquences lentes. Framingham et Hodges, avec leurs corrections linéaires, ne s’emballent pas de la même façon aux extrêmes, ce qui explique pourquoi elles ont été proposées comme alternatives.

Calculez avec vos valeurs

ms
bpm
QTc (Bazett)
ms
Fridericia
ms
Framingham
ms
Hodges
ms
Ce calculateur n'est qu'une référence pédagogique. Il ne remplace pas l'interprétation d'un ECG ni le jugement clinique. Bazett surcorrige aux fréquences rapides et sous-corrige aux fréquences lentes ; comparez avec une autre formule et lisez le QTc dans le contexte clinique complet (un QTc de 500 ms ou plus impose une prudence particulière).
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Comment interpréter le résultat

Les seuils habituels s’appliquent à la valeur de Bazett, qui reste la référence dans la plupart des recommandations malgré ses limites :

SexeNormalLimiteAllongé
Homme≤ 430 ms431 à 450 ms> 450 ms
Femme≤ 450 ms451 à 470 ms> 470 ms

Un QTc de 500 ms ou plus est considéré comme nettement allongé quel que soit le sexe, avec un risque réel de torsade de pointes, une arythmie ventriculaire polymorphe potentiellement grave. Ce seuil de 500 ms fonctionne comme un signal d’alarme indépendant des seuils habituels par sexe.

Les erreurs fréquentes

Se fier au chiffre par défaut de l’électrocardiographe sans le questionner. L’appareil affiche presque toujours une valeur calculée avec Bazett. Chez un patient tachycarde, cela peut déclencher une fausse alerte de QTc allongé. Chez un patient bradycarde, cela peut au contraire rassurer à tort alors que le QT est réellement prolongé. Le tableau ci-dessus illustre exactement ce décalage : à fréquence rapide ou lente, croiser avec Fridericia (ou Framingham, ou Hodges) évite une décision prise sur une seule formule biaisée.

Appliquer le mauvais seuil selon le sexe, ou ne pas en tenir compte du tout. Les femmes ont physiologiquement un QTc de repos plus long que les hommes, d’où des seuils différents (450 ms contre 430 ms pour la limite supérieure de la normale). Ignorer cette distinction fait passer à côté d’un allongement réel chez une femme, ou déclenche une fausse alerte chez un homme évalué avec le seuil féminin.

Mal mesurer le QT brut sur le tracé. Aucune formule de correction ne rattrape une mesure de départ imprécise. Les pièges classiques : mesurer sur une dérivation où la fin de l’onde T est mal définie, confondre la fin de l’onde T avec une onde U qui la suit, ou choisir le complexe le plus long visible plutôt qu’une mesure représentative. La qualité du QTc dépend entièrement de la qualité du QT qui sert de point de départ.

Réagir à une seule mesure isolée sans chercher de cause réversible. Un QTc allongé sur un tracé unique mérite d’être revérifié, idéalement en moyennant plusieurs battements, avant toute conclusion. Il faut aussi passer en revue les causes réversibles : médicaments allongeant le QT (certains antiarythmiques comme l’amiodarone ou le sotalol, certains antipsychotiques comme l’halopéridol, certains antibiotiques comme les macrolides ou les fluoroquinolones, la méthadone), troubles électrolytiques (hypokaliémie, hypomagnésémie, hypocalcémie), et syndrome du QT long congénital. Beaucoup de QTc allongés s’expliquent par une cause identifiable et corrigible plutôt que par une anomalie structurelle du cœur.

Questions fréquentes

Pourquoi Bazett reste-t-elle la formule la plus utilisée si elle est biaisée ?

Bazett date de 1920 et s’est imposée la première comme standard, avant l’arrivée des autres formules. Elle reste le calcul par défaut de la plupart des électrocardiographes et la référence citée dans de nombreuses recommandations, notamment pour la surveillance des médicaments allongeant le QT. Son ancienneté et sa simplicité expliquent sa persistance, pas sa précision aux fréquences extrêmes. C’est justement pour cette raison qu’il est utile de la croiser avec Fridericia en cas de tachycardie ou de bradycardie marquée.

Quelle formule choisir en pratique ?

Bazett convient à une fréquence proche de la normale, autour de 60 à 100 bpm, là où les quatre formules restent relativement proches. En dehors de cette plage, Fridericia est généralement considérée comme plus fiable, ce qui explique sa préférence dans les études pharmacologiques dédiées au QT. Framingham et Hodges sont des alternatives additives, moins répandues en clinique courante mais utiles pour confirmer une tendance quand les résultats de Bazett et de Fridericia divergent nettement.

Un QTc allongé signifie-t-il automatiquement un syndrome du QT long ?

Non. Un QTc allongé peut avoir une cause réversible et fréquente : un médicament, un trouble électrolytique comme une hypokaliémie ou une hypomagnésémie, ou une combinaison des deux. Le syndrome du QT long congénital est une cause possible, mais elle est loin d’être la plus fréquente. Avant d’évoquer une cause structurelle, il est logique de vérifier le traitement en cours et le bilan électrolytique du patient.

Le QTc est-il différent chez l’homme et chez la femme ?

Oui. Le seuil de la normale est plus bas chez l’homme (jusqu’à 430 ms) que chez la femme (jusqu’à 450 ms), avec une zone limite intermédiaire dans les deux cas. Cette différence reflète un QTc de repos physiologiquement plus long chez la femme. Au-delà de 500 ms, le risque de torsade de pointes est considéré comme préoccupant indépendamment du sexe.

QTcintervalle QTformule de BazettECG
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